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mardi 15 mai 2012

Une plante bien animale...

Une plante qui repousse ses ennemis, qui fait appel aux ennemis de ses propres prédateurs pour s’en débarrasser ou qui espionne les autres plantes?! Certainement de la science-fiction. Ou plutôt un truc d’illuminé amoureux des plantes, de tree-hugger en quelque sorte… C’est sans compter sur les récentes découvertes notamment autour de Nicotiana attenuata, le tabac sauvage.
Me défendre…
Le tabac sauvage est constamment attaqué par des insectes dont par exemple la chenille sphinx du tabac (ci-dessous) qui se nourrit goulûment du plant.

 …cafter aux plus grands…
Mais ça devient plus vicieux que ça : pourquoi ne pas faire appel aux ennemis de mes ennemis ? C’est exactement ce qui se passe : 3 molécules émises lorsqu’un plant de tabac sauvage est « blessé » attirent justement l’ennemi juré du sphinx, l’infâme Geocoris Pallens ci-dessous sous son meilleur jour.
.

… espionner les copains…
L'hypothèse est: si certains plants sont attaqués, d'autres plants sains peuvent le savoir et donc se protéger de façon adéquate. L'expérience: Les plants de tabacs sauvages plantés sous le vent d’autres plants préalablement attaqués sont moins vulnérables que des plants de tabac plantés sous le vent d’autres plants non attaqués. Ceci laisse à penser que les plants espionnent (par molécules interposées) ce qui se passe chez les autres et ajustent de façon adéquate leur défense[1] pour être sur le pied de guerre.
…et choisir ma tenue de soirée !
Enfin, le tabac sauvage sait s’habiller selon les circonstances… Le tabac – comme beaucoup de plantes - dépend de pollinisateurs qui l’aident à se reproduire et en échange le tabac tolère que les pollinisateurs pondent des larves en lui - c'est le prix à payer. Ce n’est pas mortel et donc toléré par le plant. Parfois cependant ces pollinisateurs - nocturnes dans le cas du tabac sauvage - deviennent dangereux de par leur nombre, car alors trop de larves sont pondues ce qui devient trop menaçant. Notez que ces pollinisateurs en particulier– les sphinx des tomates (ci-dessous) sont nocturnes or le tabac fleurit justement...la nuit, et ce n'est pas un hasard.

Lorsque la menace est trop grande donc, le tabac décide tout bonnement de changer de pollinisateur pour se débarrasser du sphinx. Haro sur le sphinx des tomates nocturnes, place aux inoffensifs et diurnes colibris ! La méthode est simple : au lieu de fleurir la nuit pour attirer les sphinx des tomates, le tabac sauvage fleurit alors le jour[2] et en ouvrant moins sa fleur. Ainsi, le tabac "s’habille" spécifiquement pour séduire un pollinisateur en particulier : le colibri qui lui seul grâce à son long bec peut accéder à cette fleur presque fermée.

Lui au moins a le bon goût de polliniser le plant de tabac sans le dévorer ni y pondre des larves. Au diable le sphinx des tomates qui peut lui aussi aller se rhabiller !

Et alors?
Ces comportements sont à mon sens fascinants, extraordinaires tout en découlant du mécanisme simplissime de l'évolution. Les comprendre me rend encore plus admiratif devant cette nature qui semble raisonnablement magique.


[1] Mais ce n’est là qu’une constatation et la recherche n’est pas assez poussée pour le moment pour être catégorique.
[2] Ce changement s’opère en moins de 3 jours, plutôt rapide comme temps de réaction pour une plante non ?

Références
Passage du sphinx des tomates au colibri. Max Planck Institute for Chemical Ecology (2010, January 21). Tobacco plant thwarts caterpillar onslaught by opening flowers in the morning. ScienceDaily. Retrieved April 4, 2012, from http://www.sciencedaily.com­ /releases/2010/01/100121135659.htm
Le tabac sauvage et ses mécanismes. Plants have more than thorns and thistles to protect themselves—they can cry for help, by Sharman Apt Russell, From the April 2002 issue; published online April 1, 2002, Discover Magazine, http://discovermagazine.com/2002/apr/featplants
Documentaire “Smarty Plants” qui a inspiré cet article. http://www.cbc.ca/natureofthings/episode/smarty-plants-uncovering-the-secret-world-of-plant-behaviour.html#

mardi 3 avril 2012

Avoir une longue queue, c'est sexuel - suite

En guise de suivi à mon article passé "Avoir une longue queue, c'est sexuel", voici un documentaire passionnant qui traite du même sujet, mais de manière bien plus didactique et claire. En anglais par contre...

mardi 13 décembre 2011

L'homosexualité, c'est (un peu) génétique

Être gay-friendly, c’est très en vogue. Mais voilà, parfois je ressens de l’inconfort à ce sujet… Sans doute lié à une incompréhension de l’homosexualité, une sorte de flou, de gêne en un mot. Récemment au fil de lectures cet inconfort s'est dissipé pour laisser place à une meilleure compréhension et ici je tente de partager ces faits éclairants.

Alors pêle-mêle et à l’apparence décousue, je (dé-)livre ici quelques idées en vrac - à l’image de mon blog – étayées par des faits qui ont participé à une meilleure compréhension de l’homosexualité. Je n’hésite pas à commencer par affirmer que l’homosexualité a une origine génétique. Je poursuis ensuite en me penchant sur le futur de l’homosexualité : est-il voué à disparaître ?

L'origine génétique de l'homosexualité.

L’orientation sexuelle est complexe, et le spectre est large. De l’hétérosexualité à l’homosexualité en passant par les bi- , tri- et quadras… Euh excusez, je m’égare. Il s’agit d’identifier- sans pour autant ignorer cette complexité - l’origine génétique de l’homosexualité que j’illustre ici avec deux expériences simples mais cependant assez convaincantes.

Expérience numéro 1. L’homosexualité c’est (un peu) génétique. Prenez deux frères, dont un gay. Si les frères sont non-jumeaux, la probabilité pour que l’autre frère soit gay est de 25%. Mais s’ils sont jumeaux, la probabilité passe à 50%[1] ! Conclusion évidente : non, l’éducation et l’environnement seuls ne peuvent pas justifier ces chiffres et justifier le fait qu’une personne soit gay. Oui, en filigrane s’esquisse une influence génétique car les jumeaux partagent un bagage génétique bien plus similaire que les non-jumeaux. Dans la même veine, une autre étude montre que les hommes gays ont plus de parents gays dans leur arbre généalogique que n’en ont les hommes non-gays. Ca sent l’influence génétique à plein nez ça !

Expérience numéro 2. Chassez le naturel, l’inné : il revient au galop. Des garçons nés avec d’importantes déformations génitales ont dû être opérés à la naissance. Pour s’assurer de leur survie il se trouve que leur sexe fut transformé en vagin pour des raisons chirurgicales complexes. Ces garçons ont donc ensuite été éduqués en tant que filles. Or adultes maintenant, ils sont – contrairement à ce que les parents pensaient - tous attirés par les femmes[2]. Si l’influence éducative était si importante (je n’affirme pas qu’elle est inexistante), au moins un de ces garçons – puisque élevé en tant que fille - aurait dû être attiré par les hommes …

Mais attention : au large le déterminisme aveugle ! Il est clair que la composante génétique n’existe pas sans l’environnement. Mais il est tout autant clair qu’un certain bagage génétique favorisera l’expression de telle ou telle tendance, étant données des expériences de vies individuelles.

Evolution ou disparition?

En génétique, la sacrée évolution pointe son toujours son nez. Alors, en admettant une influence génétique au fait d’être gay, abordons les problématiques liées à l’évolution. Puisque les gays n’ont (en général) pas d’enfants, comment les gènes gays ont-ils pu malgré tout être transmis à travers les générations? Comment n’ont-ils pas doucement disparus par le mécanisme de la sélection naturelle ? En effet on pourrait affirmer que « Étant gay je n’ai pas d’enfant, donc je ne passe pas mes gènes à la génération suivante. » Ce raisonnement est infirmé par deux observations.

La première observation est que la réalité est autre : les gays ont toujours eu des enfants car les sociétés ont constamment été, souvent de façon virulente, anti-gay. La société a ainsi forcé les gays à avoir des enfants dans le cadre d’une union hétérosexuelle.

La seconde très sérieuse observation est d’ordre scientifique et est liée à la fécondité des femmes : le « gène gay » lorsque porté par une femme semble accroitre sa fécondité. Voyez plutôt : 100 hommes hétéros et 100 hommes gays ont été interrogés au sujet de leur famille - soit 4.600 membres en tout. Il ressort que les mères d’enfants gays ont en moyenne 2,7 enfants contre 2,3 pour les mères d’enfants non-gays. Et pour les tantes maternelles, 2,0 enfants en moyenne contre 1,5[3]. En un mot les familles dont un membre est gay sont plus fertiles ! Autrement dit, le bagage génétique « gay » étant propagé au sein d’une famille, cette famille est plus fertile qu’une famille non gay. L’on peut ainsi esquisser que le gène gay déclenche une fertilité plus élevée.

Mais éloignons-nous de ces considérations un peu trop chiffrées pour revenir aux faits de sociétés. On pourrait s’interroger sur les conséquences d’une acceptation – souhaitable à mon sens - du mariage gay par nos sociétés modernisées : évaporée la pression à se marier pour sauver les apparences et donc… disparue la descendance ! Paradoxalement, l’acceptation du fait gay par nos sociétés semble ainsi conduire à une disparition de celui-ci ?! Cette affirmation est culottée mais pourtant en ligne avec les éléments évoqués plus haut…

Ce sujet est tout autant polémique que vaste. Il est donc grand temps de conclure. Bref rappel à l’éventuel lecteur dont les cheveux s’hérissent face à l’argumentation génétique: il ne s’agit bien évidemment pas de fournir une lecture purement génétique de l'orientation sexuelle qui est bien plus complexe et dont l’origine n’est évidemment pas uniquement génétique. Il s’agit plutôt de prouver qu’il y a un sérieux faisceau d’éléments pointant vers une origine génétique de l’homosexualité. Ce qui est au final très beau et très simple[4]. Fini le discours culpabilisant autour d’une enfance mouvementée. Balayé l’argument « c’est pas naturel ». Balayée aussi ma propre gène euh… pardon… ma propre gêne !Lien



[1]
a. Article sur les jumeaux gays de Michael Bailey, de Northwestern University.
b. Article de Simon Le Vay, voir § "Twin Studies"
c. Revue du livre de Simon Le Vay "Gay, Straight and the Reason Why".

[3] Camperio-Ciani, A., et al. (2004). Evidence for maternally-inherited factors favouring male homosexuality and promoting female fecundity. Proceedoings of the Royal Society of London, B 271, 2217-2224. Article ici.

[4] Bel article présentant les faits tout en transmettant un humanisme radieux.

mercredi 24 août 2011

Un vin rouge qui débaroule le cerveau!


Bon, c'est sûr que ça (cf photo ci-dessus), ça remplacera jamais un bon jus d'orange frais matinal... Et malgré ce que ce sublime montage suggère, il ne s'agit pas dans cet article de parler des lendemains difficiles, ni même de vin à dire vrai.

Voyez plutôt: considérez un scientifique au nom poissonneux, Frédéric Brochet par exemple. Ce petit malin convie 57 connaisseurs de vins se lèchant les babines à la perspective d'une séance de dégustation sympathique. Deux verres, un verre de blanc et un verre de rouge sont au programme. Ah oui, un détail: le rouge est en fait... le même blanc, teinté avec un colorant inodore et sans goût!!!

Résultat? Tous, oui tous les 57 connaisseurs, décrivent le verre de rouge avec du vocabulaire exclusivement réservé au vin rouge. En un mot, tous sont persuadés que leurs sens boivent du rouge. Je répète, différemment: pas un seul des testeurs n'a remis en cause le verre de rouge comme n'étant pas rouge. C'est fou non?

On prend les mêmes, et on recommence. (Ca vous fait penser à certaines crises financières passées? C'est normal...). Toujours deux verres de rouge, et du vrai cette fois. Toujours des vrais connaisseurs de vin. Un Brochet. L'anguille sous roche? Il s'agit en fait d'un unique vin rouge moyen, cette fois déguisé soit dans une bouteille de pauvre vin de table soit dans une bouteille de grand cru. A nouveau, nos attendrissants connaisseurs apportent leur expertise: pour le vin issu de la bouteille de grand cru, ils utilisent des qualificatifs comme "agréable, boisé, balancé, complexe" quand celui présenté dans la bouteille de vin de table est qualifié de "faible, court, léger, plat". 40 des connaisseurs ne jurent que par le supposé grand cru et seulement 12 testeurs naviguent à contre courant et élisent le vin issue de la bouteille moche.

Première remarque, c'est que j'aurais A-DO-RE être là au moment où le Brochet annonce à ces messieurs dames les connaisseurs de quoi il retourne.

La seconde remarque fut: "Trahison!" J'ai immédiatement pensé à un certain repas "gastronomique" offert par mon ami Jon en compagnie d'autres excellents amis, où chaque fromage étaient mieux présentés les uns que les autres, sans parler des boissons. Peut-être est-il lui aussi un Brochet, peut-être a-t-il masqué de l'écoplus par des belles paroles et une présentation parfaite?!

Troisième remarque: à vrai dire le coeur du sujet est moins léger et vivant que ça. Car je veux en fait aborder la neuroscience ici, et l'évolution.

On comprendra que la raison qui se cache derrière cette erreur de jugement qui semble grossière a priori, est à chercher du côté de l'héritage dû à l'évolution et à notre cerveau. Pour tenter de faire court, l'évolution a lieu sur des millions d'années, pour partir d'une bactérie il y a plusieurs milliards d'années et pour lentement buissonner vers des formes de vie de plus en plus complexes et arriver à des résultats que l'on voit: l'ensemble des espèces vivantes que l'on côtoie. Et l'espèce humaine fait partie intégrante de ce processus d'évolution. Mais il y a un énorme décalage d'échelle temporelle. En effet, alors que l'évolution façonne les espèces sur des millions d'années, on sait bien que l'espèce humaine a depuis quelques milliers d'années fait des progrès extraordinaire. La découverte du feu, fabrication des outils, création des sociétés, puis une croissance plus qu'exponentielle depuis des centaines d'années grâce à la technologie et au savoir. Il apparaît alors que l'Homme a amélioré sa vie dans un laps de temps de environ 2 000 ans, mais en ce même temps l'Evolution n'a... rien fait du tout! C'est trop court 2 000 ans pour que l'Evolution ne change l'Homme.

En suivant ce raisonnement: l'Homme se trimballe des héritages désuets- aussi bien biologiques que comportementaux - façonnés par l'évolution et qui favorisaient la survie de l'Homme à l'époque des smilodons. On peut donc ainsi avoir une lecture (passionnante à mon sens!) évolutionniste des comportements & de la biologie actuelle de l'Homme.

Pour conclure, deux commentaires qui se basent sur cette lecture évolutionniste des comportements humains. D'abord, cette expérience autour du vin démontre à quel point la vision est un sens extrêmement important. Pensez, à l'époque du smilodon, à l'importance de la mémoire visuelle... Je dois me souvenir du chemin parcouru pour trouver tel ou tel aliment, pour éviter tel ou tel falaise ou danger, pour reconnaitre (avant même l'odorat) un aliment ou un animal menaçant etc. Pour ce type de raison (assez simplistes et simplifiées ici), l'Homme a (eu besoin d') une mémoire visuelle phénoménale qu'on sous-estime trop souvent... Inversement et pour les mêmes raisons, l'Homme a une mémoire des chiffres, des lettres et des mots très faible: à quoi sert de mémoriser ce genre de codes dans un monde pleins de smilodons? Non, décidément, les images c'est mieux.*

Deuxième remarque, toujours liée à l'ami Brochet: contrairement à ce qu'on peut croire, notre perception sensorielle n'est pas parfaite et objective avec par exemple nos yeux qui joueraient le rôle d'une caméra infaillible. Non, non et non. Notre perception est entièrement intégrée avec notre cerveau. Je veux dire que chaque stimulus perçu est immédiatement
  • comparé avec ce que l'on connaît déjà à ce sujet, notre mémoire, nos expériences passées
  • confronté avec ce que perçoivent simultanément les autres sens - goût ou l'odorat (avec comme on l'a compris avec le vin une domination certaine et absolue de la vue sur tous les autres sens)
L'interprétation de chaque stimulus est, à l'aide de ces comparaisons et confrontations, immédiatement réajusté en temps réel pour faire sens - au prix d'une objectivité jamais atteinte - mais au service d'une intelligence phénoménale et absolument fascinante.

*En guise d'anecdote,( et qui sait d'ouverture pour un autre article), c'est en utilisant cette maîtrise du visuel et en remplaçant les chiffres/lettres par des images que les surdoués de la mémoire comme Kim Peek ("Rain Man") ou d'autres prodiges sont capables de mémoriser des quantités phénoménales d'information. En essence, ils ne font qu'utiliser de manière plus intelligente les atouts dont l'évolution nous a doté: la puissance des images dans ce cas.

Références.
Brain Rules, John Medina => Le livre, le site web, et l'infographie.
Article relatant l'expérience de Frédéric Brochet.

jeudi 28 juillet 2011

La métaphore du filet d'Indra

Selon cette métaphore, chaque individu est représenté par chaque nœud du filet d’Indra. A chaque nœud se trouve un pendentif qui brille, et ainsi donc illumine chacun des autres nœuds du filet. Les hommes seraient donc tous connectés les uns aux autres et auraient une influence mutuelle les uns sur les autres, à l’image de ces diamants qui brillent sur tous les autres nœuds. Je ne peux m’empêcher de trouver cette métaphore séduisante, même si cela semble, de prime abord, totalement dépourvu de sens. Mais est-ce vraiment dépourvu de sens ?

T’as de gros yeux tu sais ?

Un nouveau-né qui voit sa maman la reconnait immédiatement, et sa pupille subit u

n réflexe : elle se dilate dès qu’il voit sa maman. Cette dilatation n’a lieu avec personne d’autre que la maman. Les études semblent indiquer que ce réflexe est un moyen pour le nouveau-né de s’assurer l’attention entière de sa maman. En effet, tout le monde – y compris donc la maman - réagit positivement à des pupilles dilatées, les études sont claires : un individu devant choisir entre deux personnes identiques sur une photo choisira systématiquement la photo affichant des pupilles dilatées. Sur un registre plus sensuel, en anglais une expression dédiée à ce réflexe parle de « bedroom eyes ». Amis célibataires (ou pas), guettez-donc ce regard dilaté – synonyme de bedroom eyes sauf - chez vos cibles potentielles !

Une gueule de souris.

La connexion entre les êtres humains ne se limite pas à ce simple exemple. Il est clair que les interdépendances sont nombreuses. Quelqu’un me sourit gentiment, j’aurais tendance à renvoyer le même sourire et à savourer un instant agréable. Quelqu’un me fait la gueule, j’aurais tendance à ressentir des émotions négatives, sur l’instant au moins.

Je vois vraiment pas le rapport…

Deux personnes qui partagent un bon moment sont souvent « en rapport ». C'est-à-dire qu’inconsciemment les gestes de Gontran seront reproduits par Jean-Bernard, les mots de Jean-Bernard seront repris par Gontran dans un processus vertueux : (i) plus le courant passe, plus les gestes et expressions seront reproduits, et (ii) plus ils sont reproduits plus il semble que le courant passe. Je le constate personnellement lorsque que je me retrouve avec des amis de longue date : j’utilise naturellement et inconsciemment les mêmes expressions qu’eux, et souvent ils utilisent les miennes. Et vous, avez-vous déjà constaté ça ?

Hé cousin ! Bien ou bien ?!

Nous faisons tous partie de la même famille, j’entends au sens propre du terme. Ne descendons-nous pas tous de la même tribu d’hominidés? On l’oublie souvent, mais ce petit groupe comptait initialement environ 200 individus et tous - oui vous et les 6 autres milliards d’Hommes-, nous descendons de ces hirsutes primates.

Un peu de dessin.

Certes, je ne crois pas que mon action aura une quelconque répercussion sur Grégorio au Méxique, sur Eustache au Portugal ni même sur Cha en Iran, comme semble le suggérer la métaphore du filet d’Indra selon laquelle chaque individu rayonne sur chaque autre. Par contre il est clair que nous sommes tous interconnectés dans une certaine mesure et j’ai tenté d’explorer quelques exemples. Pour finir sur une note animée, voici une vidéo empathique.



Crédits d'image.

Creative Commons License, George Shuklin.

Steven Aitchison

lundi 11 juillet 2011

Avoir une longue queue, c’est sexuel!












Pourquoi diable un paon a-t-il une si grande et une si belle queue ? Pourquoi les animaux -notamment les oiseaux- sont-ils si multicolores, quand je rappelle que tous les mammifères sont ternes et pauvres en couleurs? Pourquoi - notamment chez les oiseaux- ce sont toujours les mâles qui sont beaux et colorés quand les femelles sont ternes et plutôt moches (moineaux y compris cf photo)? Et surtout, avec de si beaux attributs, comment ces animaux peuvent-ils tout de même échapper à leur prédateurs ?

Il va falloir faire appel à l’ami Darwin, qui a énoncé la fameuse théorie de l’évolution par la sélection naturelle. Cette sélection naturelle s’opère par deux moyens. Le premier moyen de sélection est la mort : tout individu porteur de caractères qui ne lui permettent pas de survivre périra et donc ne pourra pas générer de descendance. Le second moyen est la sélection sexuelle, c'est-à-dire que tout mâle qui ne s’accouple pas avec une femelle ne pourra pas générer de descendance (deux graphes illustrent ces idées). Laissons de côté pour cette fois la sélection par la mort pour nous attarder plutôt sur la sélection sexuelle.

La sélection sexuelle, autrement dit le choix d’une femelle pour un mâle et pas un autre, peut avoir lieu de deux manières. Soit un mâle est proclamé « mâle dominant » suite à la victoire d’un combat. Au titre de mâle dominant, il sera donc choisi par toutes -ou presque- les femelles du groupe. Typiquement, l'éléphant de mer (cf photo) suit ce scénario. Laissons ce scenario de côté aussi. La seconde manière, moins violente, est lorsqu’un mâle séduit les femelles par son apparence, par ses attributs. Ces attributs peuvent être – chez les oiseaux – des plumes de couleurs vives, un sac d’air rouge vif, une crête rouge comme le coq ou, bien sûr, une queue comme celle du paon.

Pour reprendre : on se concentre sur un aspect de la sélection naturelle, à savoir la sélection sexuelle opérée lorsque une femelle choisit un mâle, et parmi les critères de choix d’une femelle pour un mâle, on laisse de côté le choix pour un mâle dominant mais on se concentre plutôt sur le choix pour un mâle « sexy » comme par exemple un paon doté d’une excellente queue.
Mais comment l'évolution à favorisé de tels attributs, en dépit de l'évident risque lié à un piètre camouflage? Plusieurs réponses.


Tout d’abord, il y a la théorie du « bon gène » : si un mâle arbore une queue colorée, c’est sa manière de vendre aux femelles ses qualités génétiques et affirmer sa bonne santé. Autrement dit, plumes colorées sont synonymes de mâles en bonne santé. Et un quelconque parasite ou défaut génétique empêche un attribut, comme par exemple la collerette d’un coq, de se développer :le mâle ne peut donc pas mentir sur ses attributs.

La seconde, plus surprenante, est la théorie du beau-gosse. Selon cette théorie, les femelles sont attirées par un mâle dès lors qu’il arbore un attribut différent des autres. Ainsi si un mâle d’une espèce normalement bleue naît avec une queue colorée jaune, il est très probable que les femelles soient toutes attirées par ce nouveau jeune jaune. Ceci fonctionne d’autant plus chez les espèces dont les mâles paradent sur un lieu donné (appelé un "lek", cf graphe ci-dessous), puisqu’il est très facile pour une femelle de choisir un mâle beau-gosse sans faire aucun effort : ils sont tous là sous ses yeux dans un même lieu à parader. Ce qui est assez fou, c’est qu’une fois que ce processus de choix vers un beau-gosse est amorcé, un vulgaire phénomène de « mouton de Panurges » est enclenché : les autres femelles vont alors être attirées vers ce nouveau beau-gosse, au titre qu’il est justement courtisé par d’autres femelles.

Lek-diagram fr

En pratique, les notions d’attributs « beau-gosse » et « bon-gène » sont toutes deux dans la nature. Bien évidemment de tels attributs ne sont viables que s’ils permettent d’engendrer plus de descendants. C'est-à-dire que certes un mâle terne souffre peu de prédation, mais il est alors peu attractif pour les femelles. L’évolution Darwinienne « crée » des mâles colorés si et seulement si son succès auprès des femelles (et donc les progénitures qu’il génère) dépasse les dangers qu’il court dus à son camouflage réduit.

Trois remarques en guise d’ouverture. Tout d’abord, lorsque j’écris l’évolution « crée » des mâles comme ceci ou comme cela, il est entendu que c’est une image : l’évolution ne crée rien de manière intelligente, mais plutôt engendre des changements au sein d’individus, changements dus au pur hasard génétique et sélectionnés selon l’environnement du moment.

Ensuite, je trouve que ces explications sont loin de mécaniser la nature ou de lui ôter sa beauté. Au contraire elles rendent un hommage très fort et très respectueux à la nature, tout en essayant de la comprendre. A dire vrai, je suis encore plus admiratif d’animaux comme les paons ou les tétras d’Ambroises qu’avant. Et vous?

Enfin, je n'ai pas oublié l'interrogation de début: pourquoi les mammifères sont-ils si ternes? Saviez-vous que les mammifères ne voient que 2 couleurs (les primates 3) tandis que la plupart des oiseaux en voient 5 ? Voilà la réponse donc, puisque les oiseaux voient autant de couleurs, ça fait sens d'utiliser les couleurs comme signal.

Quelques autres exemples d'attributs masculins ci dessous:

























Références:

The Red Queen Theory: Sex and Evolution of Human Nature, Matt Ridley.

Crédits d'images:

Northern Elephant Seals Fighting, Piedras Blancas, San Simeon, CA 02feb2008. Canon 1D Mark III w/ 600mm f/4 IS lens on tripod.

Dick Daniels (http://carolinabirds.org/)

http://berkeley.edu/news/media/releases/2009/03/11_streamer.shtml

http://www.1-costaricalink.com/costa_rica_fauna/house_sparrow.htm